ça hésite encore (bruissement) (début)

Le tohu-et-bohu, la terre est tohu-et-bohu, début du jour troisième de la création

 

 

jour et nuit sont déjà créés, soir et matin ont désormais lieu et qui permettent le passage de l’un à l’autre, le glissement de l’un dans l’autre, Dieu a crié à la lumière « jour », à la ténèbres il a crié « nuit », fin du jour premier, jour deux, Dieu fait le plafond, il sépare les eaux sous le plafond des eaux sur le plafond, puis crie au plafond « ciel », ciel est créé, fin du jour deuxième, soir, nuit

 

 

matin du jour troisième, en ce qui concerne l’eau et la terre, l’humide et le sec, ça hésite encore, rien n’est fait et rien n’est trop décidé, rien n’est encore séparé, comment cela se passera-t-il ? la terre et l’eau, l’eau et la terre, le tohu-et-bohu, ainsi va le monde, terre et eau mêlées, eau et terre emmêlées, la désunion ce sera pour plus tard, l’heure est encore à la confusion, à la boue originelle, à la fange des fanges, Dieu n’a pas fini son œuvre, il est prompt et agile, ça ne tardera pas

 

 

mais là on le sait, c’est le matin du jour troisième, le gazon ce sera pour demain, la terre qui gazonnera du gazon, herbe semant semence, arbre-fruit faisant fruit pour son espèce, dont la semence est en lui sur la terre, ce sera demain, demain la terre fera sortir du gazon, herbe semant semence pour son espèce et arbre faisant fruit, dont la semence est en lui, pour son espèce, plus tard viendront les lustres au plafond des ciels pour séparer le jour de la nuit, ils seront là pour les signes, les rendez-vous, les jours et les ans, viendra le grand lustre pour le gouvernement du jour, le petit lustre pour le gouvernement de la nuit et les étoiles, le lendemain, les eaux foisonneront d’une foison d’êtres vivants, le volatile volera sur la terre, sur les faces du plafond des ciels, viendront aussi les crocodiles, tous les êtres vivants, rampants, dont foisonneront les eaux pour leurs espèces

 

 

mais pour l’heure rien n’est trop décidé, rien n’est encore dessiné, la terre et l’eau, l’eau et la terre, c’est le matin, patientons, ce sera pour ce soir que Dieu criera au sec « terre », qu’à l’alignement des eaux il criera « mers », mais là, ce matin, la terre et l’eau, l’eau et la terre c’est de l’indistinct, du liquide solide, du solide fluide, une humeur hésitante, éventuellement du compact coulant, de la lave tranquille, de la bave flexible, de la chair sans coque ni forme, de l’âme en gaz liquide, des fulgurances et des transparences aussi, et le globe est encore une boule à la surface toute brouillée, à la bouille toute barbouillée, aux cheveux tout ébouriffés, Dieu se réveille, se lève dans les stries roses de l’aube, s’étire dans les feus bleus du ciel, il se frotte les mains, il va bientôt entrer en action, ça ne tardera plus longtemps

 

 

oui, l’heure et l’époque sont au non démêlé, nulle part on ne peut planter sa crosse sans qu’elle soit avalée par les grandes gueules d’en bas, en aucun lieu il n’est possible de poser une pierre afin de pouvoir se souvenir du chemin de retour, aucun sec et ferme, au mieux, sur les bords la boue, dans les marges la fange, et là, des arbres dont les racines sont des nénuphars, juste des algues qui lèvent leur tête de calcaire blanc hors de l’eau, juste des manières de bulles qui se trouent de vertes feuilles, et ici, zéro voix qu’elle soit forte et joyeuse ou basse et terne, rien d’autre que le son de l’eau, le bruissement des courants, le bourdonnement des flux qui enrobent et des reflux qui se dérobent, drôle de gueule que cette gueule du monde en ce début de jour du jour troisième, difficile d’y voir clair, difficile de nommer choses et autres, c’est que rien du tout n’est en place, c’est que les végétaux ne sont pas de nos catalogues, que les animaux n’appartiennent pas à nos classifications, qu’est-ce en effet qu’un nénuphar qui se termine en branches de saule ? quel est le nom de ces algues à tête de calcaire d’os ? nous n’avons pas le vocabulaire, les mots n’existaient pas, ou si les mots existaient en logorrhées ou prolixités diverses ils ne nous sont pas parvenus, ou peut-être nous sont-ils arrivés alors que nous n’avions pas les oreilles faîtes pour les percevoir, pas les méninges pour les comprendre et les emporter jusqu’à aujourd’hui

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