Une île nouvelle (début)

île

presque ce qui fait le moins de signes

ce qui va dans le aucun bruit

est le plus au bord de l’oubli

………………………………

premier regard

langue de terre

dans l’estuaire

 

et quoi sur la langue

quoi dans la langue

quoi dessous

quels mots

 

il faudra s’approcher

certainement se pencher

évidemment creuser

et tendre l’oreille

 

et multiplier nos yeux fidèles

les aiguiser, les affuter

que partout ils passent

que de tout ils ramènent

 

la difficulté est là

la première

avoir les outils adéquats

leur faire confiance

 

la difficulté

est-elle dans l’œil

ou dans la finesse de l’oreille ?

 

île

montagne de cécité

ou de surdité ?

 

nous faudra-t-il apprendre

quelque braille

quelque langue sourd-muet

afin de la déchiffrer

de l’entendre ?

………………………………

quand on arrive d’amont

lorsqu’on vient d’aval

une toute petite largeur

une bien mince épaisseur

tout juste

un profil de silhouette

qui ne raconte guère

son long corps allongé

là céans

 

d’ailleurs où sont ses pieds

où est le haut de ses idées ?

 

dort-elle

git-elle ?

de là où nous sommes

nul cœur ne la soulève

 

les vents, les courants

l’herbe en son chant

lui suffisent-ils

pour demeurer alerte

au moins continuer

à tenir le rôle de sa vie ?

 

il nous faudra

tendre le miroir à ses lèvres

trouver son pouls sous un buisson

pour avoir des nouvelles de son cœur

 

de là à avoir des nouvelles de son cœur…

………………………………

comme un trait d’encre

qui serait parvenu à jeter son ancre

afin de demeurer là

de persister ici

 

et seule l’encre du soir

où cela se dissout un peu

puis considérablement

puis inéluctablement

île effacée de la surface des mondes

nullement supprimée en mémoire

 

puis les feux du matin

et le retour du réel

le coup de feu du réel

autant par sa douceur

que par sa pugnacité

 

île

comme un trait d’encre

indélébile

une phrase de l’histoire du monde

que rien ne peut effacer

 

pas même la tremblante

pousse du roseau

dans l’eau rapide

ne cèdera la place

………………………………

et

toutes les îles sont là

pour agrandir le monde

pour offrir davantage de terre

d’où regarder le cosmos

 

sur l’île l’étoile brille davantage

même si elle sait calmement

que l’île lui a enlevé

un peu du miroir des eaux

 

toutes les îles aussi

agrandissent le champ des possibles

même si les routes butent à y aller

même si l’oiseau trop léger

renonce à s’y rendre

 

cependant

que l’ombre portée des montagnes

ne réussit à les atteindre

ne parvient à les éteindre

 

c’est que l’île

est en coton

c’est que l’île

est un cocon

 

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