portes (début)

Porte 1

Ce que ça nous apporte une porte, comment ça nous apporte ce que ça nous apporte, une porte, à quel moment ça nous apporte, une porte, là, maintenant, il y a une porte, il y a le sentiment qu’il y a une porte, ce sentiment est descriptible, cette porte est descriptible, ce sentiment est la quiétude, cette porte n’est pas compliquée, je suis installé devant cette porte pas compliquée, cela me donne de la quiétude, cette porte m’apporte de la quiétude, elle m’apporte de la quiétude, c’est une porte devant moi, devant moi dans le temps, toutes les portes ne sont pas devant moi dans le temps, sont des portes qui sont derrière moi dans le temps, cette porte n’existe nulle part ailleurs que devant moi dans le temps, ce n’est pas une porte dans l’espace, c’est une porte dans le temps, je suis derrière elle en toute quiétude, j’y tiens, j’y suis attaché, je suis attaché au sentiment de cette porte et au sentiment de quiétude que m’apporte cette porte, cette porte me porte, m’emporte, j’aime l’idée de cette porte devant moi dans le temps, de cette porte qui va être bientôt devant moi dans le temps, je ne suis pas pressé, je conserve tranquillement cette idée, cette sensation, cette certitude en moi, je suis certain que la porte ne bougera pas, je suis dans la quiétude de ce qui se prépare, dans la quiétude de ce que va m’apporter cette porte une fois que je l’aurai franchie, je sais ce qu’elle va m’apporter, je sais le sentiment de quiétude qu’elle ouvrira une fois que je l’aurai franchie, je n’ai pas à avoir peur, même si maintenant j’ai des raisons d’avoir peur, je n’ai pas à avoir peur, il me faut penser à cette porte devant moi dans le temps et je n’aurai plus peur, je pourrai enfin tranquillement m’installer dans la quiétude.

Porte 2

Il y a nettement les portes qui permettent de changer d’époque, outre les portes qui permettent de changer de lieu, d’espace, sont les portes qui permettent de changer d’époque, on est d’un côté d’une porte dans une époque, on passe la porte et de l’autre côté de la porte on est dans une autre époque, une époque d’avant l’époque qui est devant la porte ou une époque qui est après l’époque qui est devant la porte, le plus souvent on se retrouve dans une époque qui est d’avant l’époque qui est devant la porte, on pousse, passe la porte et cela nous emporte dans une époque d’avant, ça peut être une époque proche, une époque moyennement proche, une époque absolument éloignée de l’époque qui est devant la porte, on en a conscience, la plupart du temps on a conscience qu’en poussant et passant la porte on va changer d’époque, on le sait d’avance, on a déjà poussé, passé cette porte et on sait d’avance, ou bien on n’a jamais poussé, passé cette porte mais on sait d’avance qu’on va changer d’époque, qu’on va se retrouver dans une époque d’avant l’époque qui est devant la porte, parfois, moins souvent, on se retrouve dans une époque qui est après l’époque qui est devant la porte, c’est rare, c’est épisodique, on le sait moins d’avance, on entre alors dans une époque future, une époque où l’on peut se voir dans l’avenir, où l’on se voit marcher dans l’avenir, que ça aille ou que ça n’aille pas, que ça soit pour un instant ou pour longtemps, souvent on est contraint de pousser, passer cette porte, que ce soit pour le meilleur ou pas, on n’a pas le choix, parfois on a le choix, ce n’est pas plus simple, ça complique, souvent on préfère ne pas avoir le choix, que ça soit pour le meilleur ou pas, même pour le meilleur.

Porte 3

Parfois, pour une raison, une autre, une bonne raison ou une mauvaise raison, parce qu’on craint le bonheur ou parce qu’on craint un épisode de bonheur, ça arrive ça qu’on craigne ne serait-ce qu’un épisode de bonheur, on ne peut se décider devant une porte, on ne peut, on ne peut se décider à l’ouvrir, la franchir, ne serait-ce que l’ouvrir, éventuellement la franchir, on ne peut, on ballotte, un pied, l’autre, une pensée, la contraire, un pas en avant, un en arrière, on ne peut, on n’y arrive pas, même main sur la clenche on n’y arrive pas, on ne déclenche pas la clenche, on penche, on penche un coup en avant, le coup d’après vers l’arrière, on voudrait l’ouvrir, on va l’ouvrir, enfin on s’ouvre afin de l’ouvrir, on y est presque et puis non, on recule, on se veut soi ouvrant, passant, on s’y veut, on s’y croit, on s’y voit ouvrant, passant, on voit la porte s’ouvrir et on se voit passer, on veut être engloutit par cette pensée, y être tant engloutit dans cette pensée qu’on aura même plus besoin d’y penser, que ça se passera sans nous, ça se fera tout seul tant on sera porté par cette pensée, soumis à cette pensée, englobé dans cette pensée, cependant la porte est là, est toujours là, ce n’est pas une porte automatique, une porte qui s’ouvre toute seule, on arrive devant et elle s’ouvre toute seule, à la rigueur ça nous arrangerait que ce soit une porte automatique, une porte qui se déclenche sans qu’on manipule la clenche, cependant, évidemment ce n’est pas une porte automatique, et on est tout penchant devant à ne pouvoir, à ne pouvoir se décider, on ballotte, on est des ballots, un balluchon, un paquet, un sac difforme, pas en forme, on n’est pas automatique, on aimerait être automatique, cependant, évidemment on n’est pas automatique.

Porte 4

C’est une porte tout court, sont des porte dont on sait pertinemment sur quoi elles ouvrent, celle-ci, non, on ne sait pas sur quoi elle ouvre, c’est une porte tout court, avant de l’ouvrir on se gratte la tête, on voudrait bien savoir, on a le droit de savoir, on a déjà ouvert des portes sans savoir et on n’a plus envie d’ouvrir des portes sans savoir, c’est justement parce qu’on a ouvert des portes sans savoir qu’on n’est plus d’accord pour une telle aventure, justement parce qu’on a eu de mauvaises surprises, oh d’accord on a eu aussi de bonnes surprises, peut-être même plus que de mauvaises surprises, mais maintenant ce sont les mauvaises qui comptent et pèsent, c’est qu’on a pris de la bouteille, et avec la bouteille on a appris à se méfier, c’est pas qu’on est maintenant des poltrons, non, on se méfie, ça suffit les mauvaises surprises, ça suffit, on veut savoir ce qu’est cette porte tout court, sur quoi elle ouvre, on demande des explications, on veut un panneau dessus, une plaque, ou même un Post-it qui explique, on a le droit à ça, à un minimum de renseignements, à un minimum de références, de déférence, il nous faut des garanties, savoir que derrière il y a au moins un sol + un plafond, c’est un minimum, sans un sol + un plafond on n’ouvre pas, sans cette garantie d’un sol + un plafond on n’ouvre pas, c’est trop risqué, quand il n’y a pas ce minimum d’un sol + un plafond, ça happe, ça nous saisit au col et ça nous attire, nous tire, on ne veut pas de ça, il nous faut un derrière la porte avec un sol + un plafond, sinon c’est de la folie de l’ouvrir cette porte, on préfère faire demi-tour, on fait demi-tour, ce n’est pas la première fois qu’on fait demi-tour, on le regrettera certainement longtemps mais on fait tout de même demi-tour.

Porte 5

On a plusieurs corps, on a un corps digestif, un corps pour le plaisir, un corps pour dormir, un corps pour se déplacer, un pour fumer, plusieurs autres corps encore, entre chaque corps il y a une porte, une porte la plupart du temps étanche, c’est simple, on pousse passe une porte et notre corps a soudain un estomac, une autre porte et c’est un sexe qu’à notre corps, une autre et une tête fatiguée, une autre des jambes et des pieds, une autre et un appareil respiratoire qui commence par la bouche qui aspire, on passe ces portes plusieurs fois par jour, dans les deux sens, certaines plus souvent que d’autres, certaines plus fréquemment que d’autres, ce n’est pas important, il arrive qu’un jour ou l’autre on ne passe pas une des portes, ce n’est pas grave, ce n’est pas lourd de conséquences, si on ne passe pas une porte un jour ou l’autre, on la passe le lendemain, ou le surlendemain, ce sont des portes palpables, ce sont des portes tranquilles, des portes qui savent attendre, qui savent qu’on ne les oublie pas, ce sont de belles portes, des portes franches, épanouies justement parce qu’elles sont peinardes, on les aime bien, elles nous aiment bien, on vit bien ensemble, parfois elles ne sont pas vraiment étanche, pas vraiment toutes fermées sauf une, par exemple, on peut avoir un corps qui mange et un corps pour le plaisir en même temps, dans ce cas, les deux portes sont ouvertes et il n’y a pas une seule des deux portes qui se sente lésée ou frustrée, il n’y a pas une seule des deux portes qui va finir par être grimaçante et grinçante, non, notre corps et nos portes on ne se supporte pas, non, on se porte bien, très bien, on est bien ensemble, nous formons un bel ensemble, nous ne sommes qu’un seul et unique.

Porte 6

Pas toujours les mêmes paroles selon qu’on est d’un côté ou de l’autre d’une porte, pas toujours les mêmes mots, les mêmes expressions, le même langage, le même discours, les mêmes idées, les mêmes opinions, les mêmes certitudes, les mêmes conclusions, les mêmes raisons, la même raison, les mêmes visions, les mêmes croyances, selon qu’on est d’un côté ou de l’autre d’une porte, ni non plus les mêmes espoirs, les mêmes désespoirs, la même politique, les mêmes idéaux, les mêmes slogans, les mêmes boulimies, les mêmes sensations, les mêmes rejets, les mêmes histoires, les mêmes fins d’histoires, les mêmes commentaires, les mêmes assentiments, les mêmes courages selon qu’on est d’un côté ou de l’autre d’une porte, c’est dingue comment on se comporte, comment on est de la compote, comment d’un côté ou de l’autre d’une porte on se change de forme de compote, comment on a un langage qu’est de la compote, on a de la compote de langage dans la bouche et la tête, de la compote de langage dans la bouche qui nous bouche la tête, c’est dingue et minable, une porte suffit et on ouvre la bouche sur un autre langage, il y a un nouveau langage qui sort et nous emmène dans son sillage, le langage est un torrent de compote qui sort de notre bouche et nous entraîne, nous traîne, on est pourtant à l’origine de notre langage, qu’est-ce qui fait alors qu’on change de langage selon que l’on est d’un côté ou de l’autre d’une porte, pourquoi fait-on ça, à quoi ça rime, à quoi ça sert, ne peut-on conserver le même langage, est-ce que les portes sont vraiment à l’origine de ça, nous sommes à l’origine de ça, les portes n’y sont pour rien, les portes n’y sont pour rien, les portes sont en bois, nous sommes en compote.

Porte 7

La certitude que certaines portes sont des montagnes, la déplaisante certitude, la saumâtre certitude que certaines portes sont des montagnes, ou qu’une seule porte est une montagne, on est dans l’ombre de cette porte, dans le froid de l’ombre de cette porte, malgré qu’on n’ose pas s’en approcher, qu’on ne s’en approche pas, on est dans l’ombre et le froid de cette porte, l’ombre et le froid de cette porte sont immenses, on arrive difficilement à s’en sortir, pour s’en sortir il faudrait s’approcher de la porte, passer la porte, on ne se dit que très rarement que cette certitude n’est qu’une impression, que peut-être certaines portes ne sont pas des montagnes, il suffirait souvent de s’en approcher pour se rendre compte qu’elles ne sont pas des montagnes, l’ombre et le froid ne venaient pas de cette porte dont on se faisait une montagne, ils étaient issue de nous, de notre impression, on est capable de ça, on est capable de ça qui nous rend incapable de bouger, d’avancer vers une porte, de pousser une porte, on reste dans l’ombre et le froid, ou que l’on se rende il nous faut nous rendre à l’évidence que l’ombre et le froid persistent, par contre certaines portes sont de véritables montagnes, elles ne sont pas le produit de notre imagination effarouchée, souvent ces portes qui sont de véritables montagnes pour nous sont aussi de véritables montagnes pour d’autres, pas toujours, parfois elles ne sont de véritables montagnes que pour nous, il en faut alors de la hardiesse, de la poigne pour s’avancer, les pousser, les passer, ou pour s’avancer, les pousser, tenter de les pousser et ne pas pouvoir passer, parce qu’elles sont véritablement de trop hautes montagnes pour nous, c’est difficile, c’est dur, cela dure et c’est dur.

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