l’homme et cetera (début)

Poussière tout n’est que, poussière sans sens, rien d’autre, rien moins, aucune exaltation, nulle vexation, poussière dans les poussières, sans entrée ni sortie, sans absence ni présence, sans lumière ni lumière morte, rien ni plus ni moins, pas libérée, pas sauvée, pas issue, pas allant, jusqu’au moment où

 

 

venez, vous pouvez venir voir moi maintenant, en moi bientôt, moi, l’homme et cetera, né énergumène à la énième des tentatives, à la combientième des esquisses, à la multiénième des adjonctions de H, C, Na, O, He, ô moi fleur en chair et os, du soleil atomique, des solitudes poussiéreuses, des grandes vitesses, des cosmologies, des relativités, des fonds diffus, des ions et des oxydations, ô oxygène qui me fait vivre et me tue, indispensable à ma vie, inéluctable de ma mort

moi, l’homme et cetera, ici présent présentement, déjà du passé alors que prononce cela, parlant au présent de l’indicatif tout en tentant de me conjuguer au futur et en essayant d’allonger ma vie courte coûte que coûte, cela va de soi, c’est toujours la même musique réglée comme papier à musique, orgue de barbarie et tutti quanti

depuis belle lurette, depuis finalement peu, sorti du trou de ma grotte humide, vivant dans le boucan des dinosaures et compagnie et dans le parfait silence de ma boîte interne

moi, Tumaï, six millions d’ans, Orrorin, quatre, Lucy, trois, quadrupède lentement et sûrement se redressant, agrégat de cellules différenciées, non couvert de plumes et d’ailes, non pourvu de poils partout, absolument pas doté de branchies en touffes ou en lamelles ou en fentes du pharynx

non, moi, l’homme et cetera, différencié, séparé et distingué, reproduit, répété, redit avec un peu de buée devant la bouche

depuis la nuit des temps, alors qu’il ne fait pas jour souvent, couvert d’une blanche peau bien blanche afin de m’assurer vitamine bonne mine, les rayons ultraviolets m’arrivent, je les attrape, les passe au déhydrocholestérol que j’ai en magasin, les change en vitamine D3, nota bene, à l’époque je n’ai pas dans ma pharmacie tout ce langage, des journées de poussière et de boue et de glace me font une langue noire et sèche, ne me laissent que peu de place pour les mots dans la bouche, ô trop de boucan, trop de séismes, d’icebergs, de volcans et de déplacements, frottements, collisions de continents m’empêchent même de faire un alphabet bien rangé, en prime je ne suis même pas trop pourvu de l’os hyoïde, osselet qui maintient la base de la molle langue, indispensable, fondamental au blabla et cetera, par contre le gène FOXP2 je l’ai bel et bien et je peux très bel et très bien me développer les parties du ciboulot qu’il me faut pour causer, tchatcher, baratiner, mais bon, pour l’heure je n’ai pas trop l’occasion de me promener dans ma boîte crânienne, imbécile heureux un peu de ne pas savoir que le temps et son oxygène m’emporteront

fond de caverne, après-midi pluvieux, Ka ça résonne bien, Be, Pe ça jaillit mieux à l’entrée, et voilà c’est parti, dans le vide de la grotte, dans le lâché de la glotte, un coup au fond Ka, un autre à l’entrée Be, Pe, et voilà que moi, l’homme et cetera je bascule du feulement, rauquement, piaillage que je partage avec mon gibier, à l’articulation signifiante, en tant qu’un signifiant se distingue de tous les autres, tandis que la sublimation est l’heureux résultat de la réparation des attaques fantasmatiques du corps maternel par l’infans, Ka, Be, Pe, Pe, Be, Ka

j’avance, grandis un peu, affine mes doigts, peaufine la fermentation des sucres, l’hydrolyse des acides gras, produis des colorants, me souviens du corps des taureaux, des vaches rouges, des licornes, de la vache qui tombe, des cerfs qui nagent, des bisons adossés, m’en souviens et les peins, les ressuscite et les tue pour des siècles et des siècles

encore j’avance tandis que soufflent le puna, le Willy-wylli, le santa anna, l’autan noir, l’élephanta, le joran, le Kona, le lips, le sanora, le purga, le notus, le pampero, qui ne m’apportent aucune nouvelle de ce bas monde, les pigeons ne sont pas déjà là pour m’en apporter non plus, zéro média

j’avance un peu pareil à la lombaire treizième de la série, qui ne pense à rien, ne pense aucune pensée, baigne dans son jus, dans sa graisse, dans son calcium, petit caillou treizième de la série, insondable, impénétrable

et aujourd’hui c’est moins 700 et je m’appelle Homère, Homêros, Otage, celui qui est obligé de suivre, et je ponds ma théorie élémentale reliant l’eau, froid et humide, la terre, froid et sec, le feu, chaud et sec, tout est enchaîné, tout est obligé de suivre, tout est obligé de vivre avec tout, les yeux purs dans la tête de chien, le papillon avec l’oiseau inquiet, l’imagination avec la mite qui aime tant faire des trous dedans

et moi, Démocrite d’Abdère, moins 400, un solide est un entrelacement d’atomes crochus, les liquides sont des atomes lisses et ronds c’est pourquoi on peut y piquer une tête sans craindre de se faire une grosse bosse

et c’est moins 500 et je m’appelle Thalès, Empédocle, Héraclite, Aristote et j’introduis et instruis que la nature des choses s’explique à l’aide de l’eau, la terre, le feu et l’air, oui le sac et ressac de la mer Egée, le choc des rocs, le socle des mottes, la déglutition des flammes, la soufflerie des ailes du ciel, et moi, l’homme et cetera, je plonge dans la scansion des blocs, me jette dans le tempo fou du feu, vais dans les gaz bleus dessous les pliements de terre, place mes pas dans l’eau dans les airs, dans le feu dans la terre, mets mes doigts dans les airs dans l’eau, dans l’eau en flammes dans les choses, lève mes yeux vers les choses en bulles d’air dans la terre en verre, et montent les pluies, surfent les rocs, s’allument les arbres, et la liste du monde est un, et ma tête en est toute pleine, ma tête fusible du monde à la ronde jusqu’à

l’hiver 1619, moi, l’homme et cetera, moi Descartes je ne danse pas, je marche de long en large dans les boues des champs de bataille, et me voilà maintenant équipé de la raison qui est une lumière frontale pareille à celle des techniciens de théâtre ou des garagistes ou des mineurs, lumière un peu noire, lumière qui me salit chouia, qui me charcute pas mal, tant sa lucidité me dit bel et bien que plus j’en sais plus cela fait mal, et je serais bel et bien mort de raison l’hiver 1619 si je ne m’étais pas trouvé autre chose, un supplément pour équilibrer la balance, une distraction pour me détourner de cela, j’en possède une belle palette, les fragments dont je fais des mosaïques qui se souviennent, le nom et le lieu des herbes une à une, les bouts-de-je-ne-sais-pas que j’assemble en je-ne-sais-pas-qui-que-quoi, les objets martyrs que je berce, les projectiles par option que j’attache aux arbres, la marche à mi-temps, un pied sur terre, l’autre dans la langue qui va chercher la matière, va à la matière, rachète par sa vie de langage la mort de la matière

et moi l’homme et cetera, Pierre, Paul, Jacques, Pierrette, Paule, Jade, viande et eau et air et souveniroïde et gramminaire et euphorile, jubilissime, et un plein de cellules depuis 1665, moi lové en noyau, nageant en cytoplasme, étendu en membrane, depuis la fin du XIXème un tableau électrique de synapses, moi, fée électricité née des différences de potentiels entre Na+ et K+, moi, un tuyau de chimies, un vase de nerfs non dépourvu occasionnellement d’une langue de bois, un sac d’hormones, un récipient d’ions, une cuvette de molécules, un ustensile de cuisine moléculaire, un bidon de vide, une propriété non privée d’erreurs, et un organe creux et musculaire nommé cœur, endocarde, péricarde, myocarde, oreillettes, ventricules, capable de la circulation du sang, globules, plaquettes, 02, C02, hormones, déchets azotés, plasma, cœur au fond duquel on peut lire la vérité du corps, cœur capable aussi d’amour qui est un joli toit terrasse d’où nous pouvons voir tomber la pluie sans être mouillé, qui peut raisonnablement, scientifiquement expliquer cela ?

et moi, moi, moi l’homme et cetera, homme belle dentelle H – C – O – C – H – OH – C – OH – H, toujours et sans cesse, inéluctablement et indiscutablement né de l’accouplement de jour comme de nuit depuis la nuit des temps, on se plaît ou pas, on est sur des fougères ou dans une chambre climatisée de Miami Beach, on s’échange des salives en même temps qu’on s’offre de quoi fabriquer l’homme, chacun sa caisse à outils, c’est l’heure et le lieu, l’ovule descend en trompe de Fallope, les spermatozoïdes lâchés mettent, montre en main, six heures pour y arriver, certains s’essoufflent en cours de route et meurent sur la bas-côté, juste quelques centaines courtisent, font ronds de jambes, de la mandoline jouent, du menuet dansent, et voilà que quelques-uns entrent dans la capsule, un seul a le droit à l’alcôve du cytoplasme, le voilà déjà qui se débarrasse de sa queue et de son moteur, offre son matériel génétique au matériel génétique de la dame, jambes en l’air, jouissance, joie, les 3 j qui ont entre autres créé John Lennon, Janis Joplin, James Marshall Hendrix dit Jimi Hendrix, les 3 J du rock, le dernier jouant sur une Fender Stratocaster pour droitier alors qu’il était gaucher, voilà comment avec une histoire de mains on fait un pas de géant pour la guitare électrique

comment ça marche un guitariste gaucher ? certaines questions nous nous les posons quelque part dans le cerveau en attendant que quelqu’un vienne les dépoussiérer et s’en occuper

ô les sciences qui ne se penchent sur les mains de Jimi, qui n’épient pas ses doigts, ne microscopent pas ses ongles, ne stéthoscopent pas ses artères phénoménales, ne triturent pas sa tignasse, et ô les accords de Jimi qui vont en points d’exclamations, qui éternuent et génèrent et vaporisent sans que personne n’en fasse un graphique, une formule, un brevet, ô science de Jimi, en vacuité imprenable

moi, l’homme et cetera marchant sur deux pattes, toujours avançant le long de mon destin, toujours allant dans l’évolution, même lorsque perdant les pédales et me trompant allant toujours de l’avant, l’eau elle-même n’est pas sans défauts, axiome : l’erreur simple agencée à l’erreur double peut très bien devenir une vérité pure et simple, l’ombre défigurée peut montrer le souverain bien

du coup je plante mon drapeau à tête de vivant sur l’Everest de mon crâne, là où vivent les vérités éternelles et où s’élaborera la recette du Martini bianco

allant parfois en zigzags et en pagaille, dans le rebiffe et le rebique, dans le plie et le dénie, moi, homme atome philosophique allant ballant dans le vide de Leucippe et Epicure, dans le vacant des limons d’âme, dans le soustrait entre la parole et la main, parfois avance en mangeant considérablement l’or des choses, mes chairs s’en fortifient, mon chant y trouve des gloires, ma couronne un pourboire pour les ceux-ce qui viennent me voir, voici ce que dit la pierre phénoménale en ma tête philosophale à moi, homme atome ésotérique et alchimique

allant parfois sans hypothèse et sans idée, plongeant nez en avant, cherchant avec peu d’imagination, fouillant sans aucune pensée originale, ouvrant cela, gratouillant dans ceci, passant à côté, ne sachant ni percevoir ni aborder, gobe-mouche sourd et aveugle, cerveau évidé et courant d’air, tout ce que je crois trouver va à la poubelle, le couvercle en inox se ferme et reflète mon corps qui a la tête en bas

et dans ce corps à moi, l’homme et cetera, dans ce sac, cette spirale ramifiée, dans cette carafe H, C, Na, O, He, en cet autrement dit NaCHOHe, et étymologiquement autrement dit H, hydrogène, hydor gennan, eau, production, C, carbone, carbo, charbon, Na, soude, sod, souwad, natrium, natron, lac amer, lac natron, O, oxygène, oxys, acide, He, hélium, hélios, soleil, dans cela, la mémoire, la mémoire comme une glaise ou comme un marbre dans lesquels sont gravés à l’Opinel ou au burin plus ou moins profondément les souvenirs, la mémoire telle un disque dur interne, ou telle un trou sombre, une fosse commune où cela refoule et blackboule, et la mémoire encore et aussi une grande armoire, des tiroirs à n’en plus finir, des étagères en voulez-vous en voilà encore, des chaises paillées, des voitures, des tongs, des Bic, des sourires, des additions au Café du commerce, des vents contraires, des arbres sous la neige, des calepins Quo Vadis, des montres Lip, des vélos Peugeot et tout et tout, et entre cela, une volonté incombustible, une détermination incroyable à ce que tout cela tienne ensemble, des chevilles, un ciment, des soudures, des sutures, des colles fortes, des coagulations, et en mémoire encore et toujours les hordes de nos démons et compagnie, des glissements vers l’insondable, des vertiges tels des feux galopants, des feux tels des dynamites, et entre cela une volonté de déliter, une détermination à lâcher, que cela ne tienne, que cela ne s’agglomère et grossisse, obscurcisse, envahisse, et dans la mémoire qui est une poupée russe, la belle mémoire de travail, l’interrupteur auquel nous n’avons nul besoin de penser pour l’actionner sur notre droite en entrant dans la cuisine, et parfois dans la poupée russe, depuis 1919, in the middle of the night, das unheimliche, une inquiétante étrangeté, cela se produit en une manière de mémoire charbonneuse capable de ses coups de grisou, adroite à créer un flou fou, des mouvements de juxtaposition, des visions superposées, des sons entremêlés, de l’inédit qui se dit, du singulier animé, un oiseau peut surgir de cela qui nous offre une plume pour nos ailes ou pour notre papier, un éléphant tout aussi bien peut entrer en notre magasin de porcelaine, quoi se passe en dendrite ? quel pont, quel axone se forme pour créer tel court-circuit ? quelle chimie se détraque ? quel lipide fait glisser ? quel glucide se décolle ? quels halogénures d’argent sur quelle pellicule ? quel nerf de quelle optique pour de telles visions ? quelles fusions pour de telles confusions ?

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