1 –
Je remonte à la surface, je vais me déplier, je me déplie, reprends mon souffle, tâte mon corps, essuie mes yeux, les ouvre, regarde où je suis, reste là, c’est que c’est bien là, ça ira.
2 –
Petit oiseau je suis, petites petites pattes, petites petites ailes, petit petit bec, et petit petit estomac, me faut du temps pour la miette, c’est que je picote, picore, bec, becquette, j’y vais tout doux du bout de la pointe du bout de mon bec, laissez-moi le temps qu’il me faut pour la miette, un petit bout, un chouia de bout, un autre, un autre, tout doux, tout doucement, je ne peux pas aller plus vite que la musique de mon chant petit petit chant, le moindre bout d’inédit me prend du temps, le moindre morceau de nouveau me prend du temps, la plus petite brindille d’émotion me demande temps et patience, faut que j’assimile, faut que mon petit petit bidon fasse son petit travail de petit petit bidon, injecte ses petits sucs, fasse son petit lavage, fasse son petit petit essorage, faut que je digère, faut que j’assimile tranquille, incorpore en corps paisible, faut que ça filtre et me passe doucement dans le sang et dans les humeurs diverses, et pour mes yeux, mes oreilles, ce qui passe par mes yeux ou mes oreilles c’est du pareil, je regarde, j’entends et je filtre, absorbe doucement, digère lentement, me faut du temps, laissez-moi du temps, doucement, dou-ce-ment, délicatement, dé-li-ca-te-ment, ne me bousculez pas, ne me poussez pas, ne m’assaillez pas, ne me rentrez pas dans le lard, faut y aller doucement s’il vous plaît, dou-ce-ment, dé-li-ca-te-ment.
3 –
Là je suis en plein courage pour aller jusqu’au bout des problèmes, même si je sais que ce sera à mon désavantage et que finalement je risque fort d’y être pas beau du tout, une erreur, une horreur, un malheur, une calamité, et en plein courage aussi pour faire taire les quatre-vingt-dix pour cent de moi qui me disent de ne pas aller plus loin, Va pas plus loin, bouge plus, cherche pas les ennuis ! aussi ce n’est pas le moment de venir m’embêter ou de venir ne pas m’embêter, foutez-moi la paix, oust, dégagez !
4 –
Vivre sur une île déserte, vivre dans une ville déserte, sans les minets des cafés, les matous des rues, les toutous des terrasses, les loulous de la drague, les morveux, les baveux, les libidineux, les licencieux, les machos, les gogos, les fêlés du zizi, les aliénés de la quéquette, les insensés de la zézette, les déséquilibrés de la braguette, les forcenés de la baisette, et nulle fatigue en moi, nulle nécessité pour moi de planter droit mes yeux revolver dans leurs yeux déboutonneurs, ou d’user de mon karaté kung-fu, ou de faire passer le chemin coup de pied au cul aux futurs trépassés de mes souvenirs, non, non, zéro testostérone, pas un poil dardé, pas un muscle qui roule des mécaniques, pas une mécanique qui roule rouleau compresseur, et j’irais enfin tranquille, une chanson pop à la bouche, les deux pouces fichés sous les aiselles.
5 –
Tranquillos, je suis comme un peigne sans tête, comme une moutarde sans nez, comme une pomme sans pépins, comme une boussole sans nord, comme un peigne sans tête et sans tête.